Leatherface (Massacre à la tronçonneuse)

Masque de chair humaine et tronçonneuse sont de rigueur ici pour évoquer l’un des psychopathes les plus essentiels du cinéma bis : Leatherface.

À l’instar de Norman Bates (ou encore de « Buffalo Bill » dans Le Silence des Agneaux), Leatherface voue une passion fétichiste pour la peau humaine. Là où le premier s’adonne à des taxidermies sur d’authentiques cadavres humains, le second s’emploie à découper minutieusement leurs tissus pour s’en faire un masque – celui auquel fait référence le leatherface (« visage en cuir »). Ce point commun n’a rien de surprenant lorsque l’on sait que les deux tueurs en série sont inspirés d’un même meurtrier – réel, celui-là – : Ed Gein. Les similarités, pourtant, s’arrêtent là. Car avec son allure de vrai croque-mitaine, le colosse Leatherface se veut sans équivoque : exit la préciosité de Bates et place à une grosse carcasse dépourvue de toute psychologie. Tronçonneuse à la main, cet être cannibale paradoxalement enfantin dans sa gestuelle, surgit soudainement pour semer la terreur dans une danse de mort. Faut-il voir dans cet objet qu’il brandit en l’air le symbole d’un désir sexuel ? Peut-être, tant il s’évertue de la sorte à poursuivre la gent féminine dans chacun des opus.

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Reste qu’au-delà, Leatherface incarne quelque chose de plus politique. Lui et tous ses proches ont perdu leur emploi à l’abattoir suite à une vague de licenciements massifs. Or, la chair qu’il porte en guise de visage matérialise un rapport de cause à effet : le besoin irrépressible pour sa famille entière de reproduire son ancien métier à domicile, en optant cette fois pour un « bétail » humain. Sous cet angle, Tobe Hooper (le cinéaste de Massacre à la tronçonneuse) et ses successeurs ne mettent pas seulement en scène des consanguins avides de meurtres en série, mais un monde capitaliste générant sur son passage d’autres monstres – un constat partagé notamment par John Boorman dans Délivrance (1972). Ici, la responsabilité se veut structurelle et non individuelle. Aussi, Leatherface et les siens illustrent quelque chose de l’ordre d’un fantasme contemporain largement répandu : l’illusion d’un monde rural inexorablement arriéré et dangereux. En cela, les jeunes victimes de Massacre à la tronçonneuse s’apparentent à une punition, la peau dont se revêt Leatherface au prix à payer pour nos préjugés. À la sortie du film au début des années 1970, le tueur sonne ainsi quelque part la fin du rêve hippie.

5 choses à savoir sur Leatherface

1. En réalisant Massacre à la tronçonneuse, Tobe Hooper distille en filigrane une charge politique contre la guerre au Vietnam – à noter un vétéran (Chop Top) parmi les personnages meurtriers du film. Façon alors aussi de rappeler aux jeunes Américains que la violence du monde se trouve au sein même de leur pays.

2. Leatherface a porté différents noms : Bubba Sawyer dans le film original, Thomas Brown Hewitt dans le remake signé Marcus Nispel (2004), puis Jedidah Sawyer dans Texas Chainsaw (John Luessenhop, 2013).

3. À l’image de nombreux boogeymen de l’histoire du cinéma d’horreur, la mort du personnage ne signifie rien. Empalé par une tronçonneuse, décimé suite à l’explosion d’une grenade, Leatherface finit toujours par se relever – ne serait-ce que dans l’épisode suivant. Une particularité qu’il partage avec Michael Myers (Halloween) ou encore Jason Voorhees (Vendredi 13).

4. Le masque du chanteur du groupe Slipknot, Corey Taylor, est en grande partie inspiré du masque de Leatherface.

5. Une scène culte de Massacre à la tronçonneuse mettant en scène Leatherface à contrejour apparaît à l’arrière plan sur la télévision de Patrick Bateman dans American Psycho.

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