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#Mafia : « Le Jour de la chouette » de Leonardo Sciascia

N°6 au palmarès des meilleurs livres du crime organisé selon BePolar

Leonardo Sciascia est sicilien. Leonardo Sciascia est un grand écrivain. Écrire sur la mafia peut alors sembler une évidence, mais c’est oublier qu’à son époque, en Italie, on « débattait » encore faussement de l’existence de Cosa Nostra. Dans Le Jour de la chouette puis d’autres fictions, non seulement Sciascia brisa l’omertà, mais il le fit avec talent, sous une forme littéraire inédite qu’on pourrait appeler le conte policier. Ces textes sont la preuve d’un engagement intellectuel et moral fort, qui interroge autant ses contemporains que ses lecteurs, par-delà le temps.

L’histoire :

Le Jour de la chouette
"La mafia est une association criminelle ayant pour fin l’enrichissement de ses membres, qui se pose en intermédiaire parasite, et s’impose par la violence, entre la propriété et le travail, la production et la consommation, le citoyen et l’État... J’ai cherché à comprendre ce qui faisait que quelqu’un était mafioso. C’est le sens de mon livre et, tout compte fait, je crois que c’est un bon livre, même si je le déteste... Je suis un instituteur qui s’est mis à écrire des livres. […] Je cherche à m’exprimer le plus clairement possible pour toucher le plus de lecteurs possible. Dans Le Jour de la chouette je crois m’être assez bien servi de la technique du roman policier. Beaucoup de gens ont lu ce livre. C’est mon livre le plus lu..."

Les Mafieux
Un personnage énigmatique, l’Incognito, mène la danse, à l’intérieur et à l’extérieur d’une prison, pour que "l’honorable société", qui établit son réseau d’influences par menaces voilées d’amabilités allant jusqu’au crime qu’un mot d’esprit chargé d’ironie ordonne, passe sans accrocs majeurs les garibaldiennes années 1860. C’est ainsi que l’Unité de l’Italie s’est faite, dans l’ex-royaume des Bourbons, en changeant tout pour que rien ne change, sous la houlette au canon scié de la mafia.

A chacun son dû
Une charge féroce contre les trois intouchables qui asphyxient la société sicilienne des années 60 : la mafia, la bourgeoisie et l’Église.

Une histoire simple
Tout commence la veille de la Saint-Joseph en pleine campagne sicilienne. Un cadavre est retrouvé dans une maison abandonnée. S’agit-il d’un meurtre maquillé en suicide ? Des personnages ambigus, des indices superficiels viennent noircir une histoire qui semble cacher autre chose. L’ombre oppressante de la Mafia et de la drogue plane sur ce polar sicilien qui prend secrètement des allures de combat.

Pourquoi ce livre est important :

Sciascia, c’est d’abord l’homme qui brisa l’omertà profondément ancrée dans la culture sicilienne, méfiante envers tout ce qui vient de l’étranger. Il s’inspire dans Le Jour de la chouette du véritable assassinat d’un syndicaliste communiste par la Mafia et de l’enquête qui s’en suivit, à une époque où l’existence de Cosa Nostra était encore démentie par une certaine classe politique et économique véreuse et à sa botte. Il s’attaque donc à un vrai tabou de société, à un moment où la mafia revient plus forte que jamais après la défaite d’un fascisme qui l’aura au moins en apparence combattu.

Homme d’ironie et à l’humour mordant, Sciascia débute son récit par un avertissement moqueur où il explique que toute similitude avec la réalité ne serait que fortuite. Il s’applique ainsi la loi commune, celle du silence, qu’il expose peu après en miroir dans son roman : l’assassinat devant une multitude de témoins d’un homme et du silence et de l’oubli généralisés qui s’ensuivirent. Cet état de fait est méconnu d’un homme extérieur, un « nordiste », incarnation du courage, de la justice ou de la folie (selon le point de vue), le capitaine Bellodi, qui mènera consciencieusement son enquête, pour le plus grand embarras de sa hiérarchie.

Ce ton sarcastique, ce style condensé, nerveux, précis et empli d’humour, c’est la marque de Sciascia, qui comprit tôt l’intérêt du polar comme outil de critique sociale : il utilise les codes du roman à suspense et du conte philosophique pour générer une nouvelle forme littéraire hybride, le conte policier, récit satirique à portée morale mâtinée de polar.

La forme concrète de ce genre qui mélange les genres est moderne, cinématographique : les séquences, sous forme de dialogues entre deux mystérieux interlocuteurs ou d’interrogatoire, remplacent les chapitres et sont séparés de blancs qui ne sont pas sans rappeler les coupures d’un film ; Sciascia laisse ainsi deviner à ses lecteurs contexte et identité des personnages au fur et à mesure de ce court roman.

En cela, Sciascia se positionne dès son premier roman comme un « lanceur d’alerte », un intellectuel qui s’engage contre la corruption généralisée de sa société, des procédés mafieux qui gangrènent son pays, du réflexe d’oubli du simple quidam à la passivité coupable des plus hautes sphères du gouvernement. Avec succès : la publication de ce roman amena de vastes débats et à une prise de conscience accrue du problème mafieux.

Sciascia démystifie la mafia, son prétendu code d’honneur, sa noblesse pour en révéler le vrai visage, celle d’un réseau criminel violent qui, allié aux autres ordres puissants de la société, asphyxie la société sicilienne. Son personnage de carabinier épris de justice, c’est l’intelligence, le sens de la justice et le courage de ses contemporains comme de ses lecteurs mis à l’épreuve, c’est une harangue morale d’un homme qui respecte plus que tout la liberté de son peuple et l’invite à s’indigner et à faire œuvre de justice.

Ce qu’il faut retenir (pour briller en société) :

1. Sciascia utilise une métaphore animalière originale pour évoquer la mafia : à la pieuvre qui a la mainmise partout et à tous les niveaux de la société, il préfère la chouette, animal discret qui agit dans l’ombre et les ténèbres.

2. Sciascia évoque dans À chacun son dû un proverbe sicilien qui éclaire grandement sur la force de l’omertà sur l’île : « Le mort est mort, apportons notre aide au vivant ». Il n’y est pas question de porter secours à un éventuel blessé mais d’un pragmatisme fataliste : mieux vaut aider une personne vivante, quitte à ce que celle-ci soit le responsable d’un assassinat.

3. Le Jour de la chouette a été adapté au cinéma en 1968 dans une réalisation de Damiano Damiani. L’acteur Franco Nero y joue le rôle de du capitaine des Carabiniers Bellodi qui tente de faire justice alors que Claudia Cardinale y incarne la veuve d’un homme assassiné.

4. A chacun son dû fut aussi librement adapté un an après sa parution, en 1967, par Elio Petri. Gian Maria Volontè y incarne ce professeur de lycée, intelligent mais naïf, qui enquête par curiosité, qui lève le voile de la corruption et de l’hypocrisie généralisée, ce qui causera sa perte. Il reçut le prix du meilleur scenario au Festival de Cannes 1967.

5. Leonardo Sciascia admirait la littérature française, à qui il fut initié par l’écrivain Vataliano Brancati. Sur son tombeau est gravée une citation du romancier symboliste et romantique d’origine bretonne Villiers de L’Isle-Adam : « Nous nous en souviendrons de cette planète. »

Galerie photos

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