#Mafia : « Le Pingouin » d’Andreï Kourkov

N°26 au palmarès des meilleurs livres du crime organisé selon BePolar

On prend le contre-pied avec ce sixième épisode de notre saga et on continue de s’interroger sur ce qu’est l’essence de la mafia, son rôle sur l’individu et sa place dans la société des hommes. On vous propose donc un petit bijou de littérature absurde russe dont le thème apparent n’est pas la mafia mais qui nous en parle sans avoir l’air d’y toucher : Le Pingouin d’Andreï Kourkov.

L’histoire :

A Kiev, Victor Zolotarev et le pingouin Micha tentent péniblement de survivre. Victor, journaliste, est sans emploi et Micha, rescapé du zoo, traîne sa dépression entre la baignoire et le frigidaire de l’appartement. Lorsque le patron d’un grand quotidien offre à Victor d’écrire les nécrologies - les "petites croix" - de personnalités pourtant bien en vie, Victor saute sur l’occasion. Un travail tranquille et lucratif. Mais un beau jour, les "petites croix" se mettent à mourir, de plus en plus nombreuses et à une vitesse alarmante, plongeant Victor et son pingouin neurasthénique dans la tourmente de ce monde impitoyable et sans règles qu’est devenue l’ex-Union soviétique.

Pourquoi ce livre est important :

Pour ceux qui connaissent déjà ce livre, ce choix pourra paraître étonnant : si le crime organisé est bien présent, il n’est pas au centre de l’attention, focalisée sur un écrivain un peu raté et surtout perdu dans une société postsoviétique qui ne lui correspond plus.

Et c’est là que se roman truculent, faux polar où la mafia classique n’est là que pour nous aider à comprendre, prend tout son sens : il nous interroge comme lecteur et individu, confronté à une vie qu’on ne peut trouver qu’absurde. Le lecteur, double du héros, un intellectuel dans un monde qui ne jure que par les biens matériels, est encouragé à prendre du recul sur la situation : celle, caricaturale, du roman, mais également de sa propre vie.

La mafia n’est alors qu’une métaphore : le business qui occupe tous les esprits et s’est imposé à la chute d’un communisme obsolète est, sous un vernis bien mince, une mafia légalisée où le bien commun ne semble plus compter, une nouvelle dépossession. La réaction du héros, ne plus s’étonner de rien (violence, appropriation, abrutissement des masses, nivellement des valeurs) est symbolique de l’anesthésie qui s’est emparée du monde occidental à la fin de la guerre froide, un monde en quête de sens, égoïste, sans idéal, inapte aux combats qui s’offrent à lui.

L’intellectuel – et le lecteur en est nécessairement un aussi ! - confronté à la sauvagerie du monde, semble inutile, car il ne produit rien, ne gagne rien, ne construit rien. Comme le pingouin du titre, il est dévalorisé, c’est un animal inutile, non acclimaté, quasiment dépressif. L’auteur nous invite à réagir et lutter plus fermement contre toutes les formes de mafia, qui ne connaît qu’une seule loi : celle du plus fort.

Ce qu’il faut retenir (pour briller en société) :

1. Ce livre a connu une suite, dans la même veine, intitulé Les pingouins n’ont jamais froid.

2. Et vous, quel est le « pingouin » que vous vous engagez à protéger envers et contre tout ?

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