#Mafia : « La Daronne » d’Hannelore Cayre

N°30 au palmarès des meilleurs livres du crime organisé selon BePolar

L’histoire :

Patience Portefeux, veuve cinquantenaire vaguement paumée, mère de deux enfant et en charge financière autant que morale d’une mère grabataire qui finit sa vie en EPHAD, est traductrice de l’arabe non déclarée au service du Ministère de la Justice, qui lui fait retranscrire en français les écoutes des trafiquants de shit de la filière magrébine. Révoltée par une situation financière et morale qu’elle juge intenable, elle va profiter de son lent apprentissage du deal, se servir des enseignements d’ombres de son passé et d’une opportunité en or pour basculer du côté obscur de la justice. Et devenir chef de son petit cartel, « La Daronne ».

Pourquoi ce livre est important :

Pas de chef de cartel international, pas de gangster fasciné par le fric, les armes et les femmes à forte poitrine, pas d’exploits criminels, pas de système organisé et codifié par un code d’honneur dans le déshonneur. Non, ce livre se passe en France, dans une France crédible où la justice navigue entre de nombreuses contradictions, où le crime organisé est celui des petits trafics et des petites têtes autant que des cadors à la vue un peu plus lointaine. Un monde vrai ou une femme révoltée par l’injustice de son quotidien va franchir les lignes rouges de la Justice.

Il est très peu courant de voir les femmes jouer un premier rôle dans la mafia, système misogyne et violent s’il en est. Cayre prend habilement le contrepied de cet état de fait sans en faire des caisses ni un étendard : son héroïne est tiraillée entre passé compliqué, vie quotidienne difficile ou système judiciaire absurde et hypocrite : le trafic d’herbe y est présenté en creux comme incontrôlable et générant de fait un système mafieux, les petites mains sont sous-rémunérées, peu contrôlées, etc. Le questionnement moral et social dépasse largement le cadre du trafic, également présenté avec une subtilité certaine, sans entraver une narration efficace.

Enfin, de par son humour et une distanciation trop rares dans le roman sur le crime organisé, sur des sujets aussi divers que le manque de moyens de la justice, l’inventivité langagière mais aussi la débilité de certains trafiquants, ce roman est un puissant hommage à la débrouille, aux intelligences qui sortent du cadre, une vraie vision alternative d’une société présentée trop souvent de manière caricaturale.

Ce qu’il faut retenir (pour briller en société) :

1. C’est l’auteur qui sert de modèle de couverture tant pour l’édition originale en grand format que pour le poche : on peut la voir, armée de deux grands sacs Tati, de lunette de soleil, d’un imper un peu vieillot et d’un fichu, poser sur le parking d’une zone commerciale. Un bon condensé d’humour et de système D, symptomatique de ce dont Hannelore Cayre est capable.

2. Ce roman a reçu trois récompenses qui viennent rappeler le rôle primordial des critiques dans la découverte de nouvelles voix : à tout seigneur tout honneur, il y a d’abord eu le Grand Prix de littérature policière 2017, l’un des plus vieux (1948) prix littéraires du polar en France, une récompense « journalistique » avec le Prix Le Point du polar européen et enfin une récompense grand public avec le prix des lecteurs du festival Quais du Polar. Trio gagnant et souvent fiable.

3. Hannelore Cayre est une personnalité riche et un peu touche-à-tout : exerçant comme avocate à la cour d’appel de Paris, spécialiste du droit pénal, mais aussi auteur donc, scénariste et réalisatrice de court et long métrages (dont des adaptations de ses romans), vous n’avez probablement fini d’entendre parler de cette voix singulière !

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