- R�alisateur : Álex Pina
- Acteurs : Lali Espósito, Yany Prado
Le créateur du hit "La Casa de Papel" revient sur Netflix avec "Sky Rojo", série qui suit la fuite de trois prostituées tentant d’échapper à des tueurs. Entre psychologie au rabais et sexisme, le compte n’y est pas.
Sky Rojo , c’est quoi ? La nouvelle création du showrunner ibérique Alex Pina raconte le destin périlleux de Coral, Wendy et Gina, trois hôtesses d’un club de strip-tease de Tenerife, le « Las Novias Club ». Après une altercation violente les opposant à leur proxénète, l’impitoyable Romeo, les trois femmes prennent la fuite et se retrouvent pourchassées par des hommes de main intraitables (ou presque). Comment survivre dans pareil contexte de défiance et d’adversité ?
Jusqu’ici, on ne peut pas dire que le réalisateur-scénariste espagnol Alex Pina avait su retenir l’attention pour la finesse de ses intrigues. Si son succès planétaire "La Casa de Papel" avait pu séduire grâce à son dispositif en huis-clos efficace et sa symbolique contestataire (Guantanamo, les Anonymous, La Puerta del Sol ou encore Les Indignés…), il suffisait de gratter un peu à sa surface pour en distinguer les limites et l’opportunisme. Apparaissaient dès lors un manque patent de nuances, des personnages aussi caricaturaux que son prétendu brûlot politique, beaucoup trop poseur pour être honnête. Reste que "La Casa de Papel" disposait d’un atout que ne possède pas "Sky Rojo" : un scénario à peu près haletant, assez bien ficelé (en dépit de l’indigestion de couleuvres) et une identité visuelle sinon réussie, en tout cas reconnaissable et à la longue attachante. Mais alors pourquoi ça ne fonctionne pas, "Sky Rojo" ?
Parce que son décor photogénique sent l’esbroufe
Lors des premières séquences de "Sky Rojo", avec au centre son strip-club rétrofuturiste à la limite du steampunk et perdu en plein désert, une atmosphère digne de ce nom semble se dessiner aux détours des fauteuils en skaï rouge, par-delà l’artificialité de la mise en scène. On pense une fraction de seconde à "Exotica" (Atom Egoyan, 1994) pour l’architecture, mais surtout à l’excellente série de comics « Love and Rockets » de Jaime et Gilbert Hernandez, notamment pour l’aspect désertique et pour les portraits de femmes fortes et au caractère bigarré. Mais la comparaison ne tient (vraiment) pas longtemps car le paysage et la scénographie finissent par relever exclusivement de l’ostentatoire et d’un maniérisme creux. Dommage, le titre « Sky Rojo » (spanglish qui signifie "ciel rouge"), de par sa propension métaphorique sanglante et crépusculaire, laissait présager autre chose…
Parce que ses personnages féminins font figure d’objets
En optant pour un synopsis axé autour d’une maison close en plein désert, on s’attendrait à voir "Sky Rojo" proposer un regard qui dit quelque chose de la situation vécue par les prostituées. À défaut, on imaginait voir la série au moins s’intéresser à son sujet (sans que cela n’entache sa velléité de divertissement). Or, elle ne propose rien et ne tente rien. Pire : elle s’embourbe dans les lieux communs et réduit chaque protagoniste – le phénomène vaut surtout pour les femmes, mais également dans une certaine mesure pour les hommes – à son physique et à sa plastique en lui ôtant pratiquement toute psychologie. Presque systématiquement cantonnés à leur statut d’objets sexuels, les personnages féminins se retrouvent piégés dans des scènes le plus souvent grossières et sans équivoque. Certes, les spectateurs n’attendaient pas d’Alex Pina qu’il fasse preuve d’une inclination pour le féminisme (il n’en fut rien dans "La Casa de Papel"), mais cette fois les scènes semblent vouloir repousser les limites de la vulgarité, sans même prendre la peine de feindre un semblant de compassion.
Parce que ses références ne sont qu’un prétexte
Bon, l’échappée façon road-movie de Coral, Wendy et Gina dans cet espace aride donnerait presque l’impression de voir surgir le bus jaune de "Little Miss Sunshine" (Valerie Faris, Jonathan Dayton, 2006) et surtout la Ford Thunderbird verte de Thelma et Louise dans le film éponyme de Ridley Scott (1991). De même, on voudrait bien que la poussière inhérente aux courses-poursuites sur et hors asphalte soit un authentique hommage à "Mad Max" (Miller, 1979), que la combattivité féminine renvoie à aux films de McG "Charlie et ses drôles de dames", ou encore que l’ambiguïté morale entre Coral et Moises se révèle un clin d’œil à "Bonnie & Clyde" (Arthur Penn, 1967). Il n’en est malheureusement rien, Alex Pina et sa bande ne cherchant que l’épate pour justifier un divertissement sans autre aspérité que les clichés.