Les pépites du polar #3
- R�alisateur : Rian Johnson
Prix spécial du jury à Sundance en 2005 avant de sombrer dans l’anonymat, le polar "Brick" mérite d’être redécouvert. Voici 3 raisons de (re)voir ce teen movie vénéneux signé Rian Johnson, disponible sur Prime.
Avant de décrocher le gros lot en devenant l’un des cinéastes fers de lance de Disney et LucasFilm ("Star Wars, épisode VIII : Les Derniers Jedi" et une nouvelle trilogie à venir), Rian Johnson débutait en 2006 avec un premier film aussi envoûtant qu’inquiétant, "Brick". Une œuvre étrange et renversante sur fond de disparition qui promettait des lendemains radieux au réalisateur. Mais pourquoi ce "Brick", film noir rétro-contemporain tourné avec seulement une poignée de dollars, mérite-t-il aujourd’hui encore toute notre attention ?
Parce que c’est un brillant hommage à Raymond Chandler (et Dashiell Hammett).
Eh oui, comme dans "Le Grand Sommeil" (Hawks, 1946), tiré du livre éponyme du créateur de Philip Marlowe, on entend une jeune femme demander de l’aide avant de disparaître – la symétrie fonctionne aussi avec le "Faucon Maltais" d’Hammett. Sauf qu’en lieu et place d’Humphrey Bogart, détective privé désabusé en imper, on se retrouve avec un étudiant un peu provocant, séduisant et chevaleresque – campé par Joseph Gordon Levitt, un habitué de Rian Johnson ("Looper" en 2012, puis "À couteaux tirés" en 2019). Le résultat, vraiment inventif, dépasse toute attente.
Pour ses influences entre Van Sant et Lynch.
On pourrait situer "Brick" à mi-chemin esthétiquement et thématiquement entre les teen-movies tourmentés de Gus Van Sant (façon "Elephant" et "Last Days"), le "Virgin Suicides" de Sofia Coppola et les premières saisons de Twin Peaks (1991) de David Lynch. Pas que Johnson ne trouve pas pour autant son autonomie malgré ce maniérisme, car il y infuse dans le même temps une personnalité solide, quelque chose qui ne ressemble alors qu’à lui : des plans vaporeux avec des tiroirs partout. Entre héritage et modernité, avec son cadrage ultra précis et ses ombres amples, "Brick" dépasse l’exercice de style, pas si loin avec le recul de "Donnie Darko" (2002).
Parce que c’est une œuvre très personnelle, touchante.
Tourné avec seulement 450 000 dollars, que Rian Johnson avait rassemblés grâce à sa famille et ses amis, "Brick" dégage une atmosphère attachante et intime. Pas d’artères lugubres perdues dans une grande métropole ou de filature sous la pluie mais au contraire une municipalité insignifiante du sud de la Californie, San Clemente, qui se trouve être la ville natale de Johnson. Mieux : le décor n’est autre que son ancienne école. D’où ce sentiment peut-être de spontanéité dans les mouvements de caméra, dans la gestion des espaces. C’est beau, un peu poétique même, et simultanément angoissant, quelque part entre l’héroïne frelatée du pitch et un parfum possible de barbe à papa – comme un relent d’innocence.